04 novembre 2009
barre précolombienne anti-douleurs
Le défi baumes en barre lancé par Chabou sur Potions et Chaudrons a coïncidé avec la fête nationale du Pérou. Un jour, je suis tombée nez à nez avec des moules à chocolat en forme de tumis, d'inca, de céramiques anciennes, des lignes de nazca etc; j'en ai pris quelques uns en me disant que je trouverais bien quelque chose à faire avec de si jolis moules. Et ça me trottait dans la tête sans q je trouve l'idée à réaliser. Parallèlement, les posts affluaient sur Potions et Chaudrons, et même les Céphées se mettaient de la partie, je lisais tout ça, enthousiaste et émerveillée, avec un petit regret de ne pas avoir pu participer.
Chemin faisant, un beau jour j'ai eu l'idée d'allier la fête nationale péruvienne avec le défi en barre de Chabou, j'ai décidé de faire un baume en barre "précolombien", j'inclurai seulement des ingrédients auxquels les civilisations préhispaniques avaient accès en territoire péruvien. Je me ferai un défi sur-mesure et j'établirai la liste des ingrédients en puisant dans la cohérence historique. Les moules aux formes du Pérou ancien feraient office d'écrin.
On atteste peu de recettes traditionnelles relatives à la beauté chez les péruviens, les anciens privilégiaient l'aspect magique ou religieux, ornemental et médicinal. J'ai donc laissé là ma chère cosmétique pour me tourner vers ma tout aussi chère médecine traditionnelle. En plus des plantes endémiques, je souhaitais utiliser les techniques dont disposaient les anciens avant Christophe Colomb. Ce serait donc un soin sans HE, les actifs seraient fournis par macération huileuse. L'idée d'un soin anti-douleurs s'est imposée après avoir brièvement répertorié quelques plantes médicinales péruviennes aux propriétés liposolubles.
Sur un plan purement olfactif, je craignais une odeur finale peu heureuse. J'ai donc volontiers "chargé" en palo santo et renforcé avec un peu de vanille. Cette dernière n'a aucune utilité pour lutter contre les douleurs articulaires, mais elle sent divinement bon en macérat huileux et elle existait dans le Pérou ancien
J'ai commencé par faire une huile macérée ultra concentrée en principes actifs. J'ai d'abord blindé mon inca inchi en anti-oxydant puis je l'ai mise au bain-marie une demie-heure avec palo santo et vanille. J'ai filtré grossièrement et je l'ai remise une demie-heure avec une dizaine de baies roses, aji panca et aji marisol (ce dernier, moyennement fort, n'a macéré que 15mn. Le piment est en effet très antalgique mais il pourrait être agressif pour la peau). Refiltrage et re demi-heure de macération avec feuilles de ch'ri ch'ri et de coca. Et enfin encore un ptit coup de macération à chaud avec quelques batons de bois de palo santo.
J'ai filtré soigneusement, mon inca inchi si longtemps chauffée n'a pas souffert car elle était protégée par une bonne quantité d'aox-cos et elle n'est pas si fragile contrairement aux bruits qui courent. Je l'ai allongée avec 10% d'oléorésine de copaiba, j'en ai offert un peu à un collègue qui souffre au niveau des chevilles et il l'a trouvée efficace. Super, la préparation médicinale dans les règles de l'art du Pérou ancien était prête !
La griffe de chat (uncaria tomentosa), non utilisable en extrait huileux, est la grande absente de ce soin anti-douleurs. Je me permets pourtant de vous la recommander chaudement, elle offre une efficacité exceptionnelle. Son action est renforcée lorsqu'elle est cuite, il suffit de la prendre en décoction ou d'en faire un extrait alcoolique réduit au bain-marie. Vous pourrez retrouver tous les végétaux utilisés pour ces barres précolombiennes anti-douleurs ici.
Sur le plan olfactif madame Coca était très présente, Madame Copaiba aussi. Avec le temps, les odeurs se sont mélangées, le palo santo et la vanille sont ressortis, rafraichis et épicés par leurs compagnons.
Pour élaborer la barre j'ai travaillé la texture, le glissé, la pénétration et la couleur à l'aide de produits péruviens. Deux petites entorses, j'ai remplacé la fécule de maranthe (que je n'ai pas) par de la fécule de riz et j'ai utilisé un ocre rouge du roussillon pour colorer mais il y a bien entendu au Pérou des terres rouges que les anciens utilisaient pour colorer leurs poteries. J'aurais aussi pû utiliser l'achiote (rocou, urucum) ou l'aguaje (buriti) mais ils ont l'inconvénient de colorer la peau. Trêve de bavardage, je vous livre la formule finale:
60% huile d'inca inchi macérée ultra-concentré aux plantes péruviennes anti-douleur
15% cire d'abeille
10% oléorésine de copahu
6% fécule de maranthe (riz)
5% cire de carnauba
4% huile d'avocat
Ocre rouge
Chauffer, mélanger, couler en moules, laisser sécher, emballer, et... envoyer en France pour les copines qui ont malheureusement reçu un baume en bouillie au lieu d'une jolie barre grace à la délicatesse d'hippopotame des transports aériens ;(
17 septembre 2009
muscles et articulations: les macérats huileux péruviens
L'autre jour, j'ai fait une petite recherche (non-exhaustive) sur les plantes péruviennes luttant contre l'arthrite, l'arthrose et autres douleurs musculaires, dont on peut extraire les propriétés en macérat huileux.
Afin de rester dans le péruvien les corps gras utilisables sont: maïs, inca inchi, avocat, copoaçu, aguaje (buriti), murumuru, noix d'amazonie, andiroba, copaïba (copahu), cacao, etc
Prêt(e)s à jeter un petit coup d'oeil à quelques plantes médicinales endémiques du Pérou ? De la côte à la forêt amazonienne en passant par la cordillière des Andes, on trouve:

Aji marisol et aji panca
piments séchés, moyen et doux

palo santo - bursera graveolens

molle - schinus molle
baies roses

ch'ri ch'ri - grindelia boliviana
09 septembre 2009
crème visage "Ultra roses"
J'ai reçu en cadeau, d'une lointaine amie du Pacifique, une magnifique absolue de rose. Cette généreuse amie m'a fortement poussée à utiliser le précieux élixir que je ne me lassais pas d'humer. Une autre amie, parisienne et grande voyageuse, m'avait offert deux elixirs de roses, sous forme d'extraits alcoolisés. Vous voyez où je veux en venir et pourquoi j'ai appellé cette crème "Ultra Roses" ?
Pour ne pas changer, ma peau est déshydratée. Cette fois j'ai décidé de modifier un peu mes proportions, essayant une phase grasse moins importante (20%) pour avoir plus d'eau et tenter un meilleur effet hydratant. Mais j'ai aussi intégré quelques actifs: certains se dissolvent dans l'huile et d'autres en phase aqueuse. Le but soignant de cette crème: une hydratation intense et un effet apaisant anti-rougeurs (c'est une des plus intéressantes propriétés de la précieuse rose). J'ai aussi adopté le mélange émulsifiant de Copaiba Cétéaryl Glucoside 90 et alcool cétéaryllique, qui offre un toucher très agréable. Je suis décidément très gatée, car ce dernier émulsifiant m'a été offert par une douce amie du plat pays.
Au bain-marie
Phase grasse 17.5%
1.5 alcool cétéaryllique
1 amidon de riz (Merci Moune)
1.5 karité (merci Michèle)
3 coco fractionné
3 jojoba
3 squalane
3 inca inchi
anti-oxydant Aox-Cos
Phase aqueuse 56.5%
3 glycérine
1.5 teinture alcoolisée de rose centifolia de Grasse (merci Venezia)
1.5 teinture alcool/hydrolat de rose péruvienne (merci Venezia)
50.3 jus d’aloe
0.2 xanthane
Sous 40°
Actifs à compter dans la phase huileuse 2.5%
1 soothex (merci Moune)
1 CO2 grenade
10 gttes extrait CO2 rose musquée
Actifs à compter dans la phase aqueuse 23.5%
2 NMF
20 Jus d’aloe
0.3 retinol (vit. A)
0.5 géogard
7 gttes germall +
et au jugé, toujours comptabilisés dans les actifs phase aqueuse:
Absolue de rose (merci Catherine)
Sang de dragon jusqu'à obtention d'un rose pâle
acide lactique pour rectifier le PH
J'ai aussi fait attention à balancer les acides gras, pour essayer de les faire coller le plus possible à la composition du sébum humain (cf la crème respectueuse). Pour l'hydratation j'ai donc mis beaucoup d'aloe, du rétinol, NMF et glycérine. Pour réguler la sensibilité de la peau : les roses et l'aloe (rougeurs), soothex (extrait d'encens très anti inflammatoire), grenade et rose musquée (Omégas), sang de dragon (cicatrisant et antiseptique). La pénétration et l'aspect crème légère a été soignée par du squalane, un peu de coco fractionné, et le duo CG90/alcool cétéaryllique. Enfin, l'amidon de riz (qualité cosmétique, génétiquement modifié pour limiter la prolifération bactérienne), a la propriété d'aider à véhiculer les actifs (le coco fractionné a aussi cette propriété).

La couleur de la 1ère photo est plus fidèle
mais cette photo jaunie a un petit côté rétro
qui me paraît bien aller avec la rose
J'utilise cette crème depuis une dizaine de jours maintenant et le bilan est très positif. Pénétration, odeur, couleur, texture parfaites. L'hydratation est presque parfaite (mais pas encore, je cherche je cherche, je m'en approche). Et au niveau des rougeurs diffuses c'est difficile à dire, mais en tous cas ma peau a résisté au SPM sans vilaines inflammations.
02 septembre 2009
savon romarin-miel
J'avais des envies de savon bleu et bien-sûr, très doux pour la peau... J'ai alors concocté la recette suivante:
245g HV olive
200g HV coco
120g beurre de karité (merci Michèle)
100g huile de palme
Soude pour un surgras à 5%
30gttes CO2 de romarin
20gttes HE de romarin
1/4 de cuillère à café d'ultramarine bleu (merci Catherine)
5 cuillères à soupe de crème fraiche
Hélas la trace était trop franche quand j'ai coulé la pâte. Je me suis donc tournée vers la technique de refonte de Michèle. C'est une technique épatante de simplicité et d'efficacité qui m'a permis d'obtenir un résultat bien plus satisfaisant à l'oeil, et avec des savons à peine réalisés donc bien mous, ça a vraiment été comme sur des roulettes. En plus on adoucit encore le savon puisqu'on met du lait en poudre et du miel. Madame la soude est capricieuse, au début mes savons étaient verts et j'étais un peu désappointée. Mais après la cure ils ont acquis ce bleu léger.

06 août 2009
la première crème
En ce moment, j'ai la visite de mes cousins Antoine et Pauline, en vadrouille du nord au sud du Pérou, avec de petits arrêts chez moi à Lima. Ma cousine a été enthousiaste en découvrant mes tambouilles de sorcière et nous avons donc décidé qu'elle ferait sa première crème ici, afin que je puisse la guider dans la formulation et les gestes de base.
Pauline a regardé mon blog, puis m'a confié, un peu inquiète, que ça avait quand même l'air bien compliqué. Je l'ai donc rassurée en lui expliquant qu'on pouvait faire des crèmes très sympas avec des formules simples. Une compo faite de peu d'ingrédients afin de limiter le nombre de manipulations, difficiles au début.
Pour assurer un soin qui marche, nous nous sommes décidées pour une crème corporelle, car la peau du corps demande moins de personnalisation. Pauline a la peau plutôt sèche, mais une belle peau jeune et en bonne santé. Elle n'est pas vraiment habituée aux parfums naturels, il fallait faire simple et "facile" à sentir. Après une rapide inspection de mes placards et une brève revue des propriétés de chaque ingrédients, nous avons retenu la formule suivante.
Phase A - 20 grammes
5 émulsifiant olivem (l'émulsifiant est indispensable pour mélanger l'eau et l'huile, l'olivem est particulièrement facile d'utilisation)
4 huile d'avocat
6 huile d'inca inchi
5 huile d'abricot
+ anti-oxydant cosmétique (pour préserver les huiles "vivantes" de l'oxydation dûe à la formation d'une émulsion)
Phase B - 77 grammes
3 glycérine (pour retenir l'eau à l'intérieur de la peau)
74 eau minérale
0.2 gomme xanthane (pour stabiliser l'émulsion)
Phase C - 3 grammes (à ajouter sous 40°)
1 aloe concentré 200 fois (pour l'hydratation et la douceur)
1 conservateur géogard 221 (pour protéger des moisissures et autres pourrissement)
20 gouttes d'huile essentielle de bois de hô (pour l'odeur, le petit prix, et les propriétés réparatrices)
10 gouttes d'huile essentielle de pamplemousse (pour l'odeur, le petit prix, et les propriétés assainissantes)
8 gouttes de complexe anti inflammatoire (extraits CO2 de calendula, rose musquée, et argousier)
Le verdict de Pauline:
Une belle crème, presque laiteuse, couleur blanc légèrement cassé. Elle pénètre bien, et laisse la peau vraiment douce et nourrie, Pauline s'enduisait avant le corps de crème chaque jour, mais avec celle-ci, elle a pu espacer les séances de crémage aux deux jours car sa peau reste nourrie plus longtemps et ne "réclame" plus autant de soins.
Je mets ici la formule avec les explications simplifiées données à Pauline en espérant que cela puisse être utile à toute personne désirant se lancer dans la fabrication des cosmétiques.
Le mode opératoire est le suivant:
- stériliser et désinfecter (alcool à 70°) le matériel, le plan de travail et les mains
- A l'aide d'une blance électronique, peser la phase A dans un récipient supportant la chaleur, peser la phase B dans un autre récipient supportant aussi la chaleur
- mettre les deux récipients au bain-marie, amener à 75°
- sortir du feu, verser la phase B dans la phase A en mélangeant au mixeur à pied pendant une minute.
- attendre que le mélange descende sous 40° en remélangeant brièvement toutes les 30 secondes.
- ajouter la phase C, mélanger une dernière fois
- vite mettre en pot et attendre le refroidissement complet pour fermer le flacon
19 juillet 2009
la chérimole
Il y a peu, au moment du dessert, je me laissais tenter par une chirimoya que je savourais avec délectation. A la fin de la dégustation, j'allais jeter les restes du fruit quand Monchéri (prononcer en un mot) me regarda d'un air mi-outré mi-fier, prit d'autorité les restes de chirimoya et m'annonça d'un air mystérieux qu'il allait me montrer un truc à mettre sur mon blog, une information à partager avec mes amies de la cosmétique naturelle. J'ai eu droit à la démonstration d'un soin de beauté à la péruvienne sur la personne de Monchéri. Sous mes yeux médusés ! Il accompagnait ses gestes de judicieuses remarques comme : tu vois là, je laisse poser sur ma peau, et puis je commence par rincer à l'eau tiède pour finir à l'eau froide, ça permet de resserrer les pores. J'en suis restée bouche bée.
La chérimole (Annona cherimola) est un fruit originaire des Andes, son nom vient du quechua "chirimuya" (graine du froid) car elle pousse en altitude et il paraît qu'elle "aime voir la neige". De la famille des annonaceae elle a pour cousins le corossol (aussi appelé attier), le coeur de boeuf et la pomme-cannelle. Considérée comme la plus savoureuse de la famille (selon certains son goût serait proche de l'ananas mais je lui trouve surtout une ressemblance avec la banane, en plus juteux), elle est aussi la seule à se retrouver sur les étals européens car elle a la propriété de ne pas mûrir sur l'arbre, elle se cueille verte et mûrit pendant le transport (comme les avocats).
Après avoir mangé la chair (que l'on dégustera telle que, ou en sorbet, jus, salade, etc) on recueille la partie charnue se trouvant tout près de la peau. Granuleuse, elle s'utilise en gommage pour le visage mais aussi les mains ou les pieds et même l'ensemble du corps (un seul fruit suffit). Pour le visage, les peaux sensibles préfèreront des exfoliants plus doux ou se laisseront tenter en ayant les doigts très légers car j'avoue que la peau est merveilleusement lisse, éclaircie, et hydratée malgré la rugosité qui m'avait fait un peu peur.
Peu d'infos sur les propriétés cosmétiques de la chérimole mais Newdirectionsaromatics aux USA propose un extrait concentré de son cousin coeur de boeuf dont il vante les vertus anti-âge, mettant en avant d'exceptionnels effets tenseurs, hydratants et régénérants. Notons d'ailleurs qu'il indique comme nom latin Annona reticulata ce qui correspond donc au coeur de boeuf, mais qu'il l'appelle pomme cannelle (Annona squamosa) et l'illustre avec une photo de chérimole ;)
09 juillet 2009
victoria's back
Me revoici après un bien long silence, vous remerciant des gentils messages encourageants que vous m'avez fait parvenir et de votre infinie patience. J'ai précisé que l'article était en cours d'élaboration depuis longtemps mais ne vous attendez pas pour autant à une crème extraordinaire, en fait je me suis contentée d'une vieille recette. La nouveauté c'est que c'est la première fois que je refais une crème. Qu'il s'agisse d'une recette à moi ou de celles des copines, je finis toujours modifier pas mal. Cette fois-ci j'ai joué le jeu (les modifications sont vraiment minimes) car je voulais pratiquer un test.
Pour cette nouvelle crème visage j'ai eu envie d'un petit retour en arrière, retour sur une vieille recette qui m'avait tellement emballée il y a 2 ans et demi que je l'avais baptisée "Victoire" comme un cri euphorique. J'ai eu envie de la refaire presque à l'identique afin de voir si cette crème me satisfait toujours, si mes crèmes actuelles ont notablement évolué, si je suis devenue plus exigeante etc Bref envie d'un feed-back afin de déterminer si cette crème était une vraie "victoire" ou un leurre de débutante et, fidèle à mon côté studieux, une façon de tester la crème en la mettant dans une balance aux côtés du chemin parcouru et du temps. En effet il est un luxe que j'aime à m'accorder, celui de la longueur du temps, je trouve qu'il nous fait malheureusement défaut car nous sommes dans la génération kleenex, on consomme, et on jette ou on oublie.
Voici, pour rappel, la base de la recette de "Victoire"
Phase aqueuse 75%
Phase huileuse 25% composée de
steareth 21 3,8%
alcool cétyllique 3,8%
acide stéarique 2%
HV liquides: 15,4%
J'ai respecté la façon de procéder pour les ajouts. A l'époque je ne comptais pas ma phase d'ajouts, le total de ma crème fait donc plus de 100%, c'est un peu curieux mais c'est très simple et finalement ça nedéséquilibre pas trop car ma troisième phase est toute petite.
Les modifications sont les suivantes
- le système hydratant: j'ai opté pour 2% de glycérine (au lieu des 6% d'origine), ajouté 5% d'urée, 1% de complexe skin tight et pour rectifier le PH j'ai mis quelques gouttes d'acide lactique au lieu de l'acide citrique.
- le macérat de calendula: j'ai bien conservé cet extrait mais en CO2 au lieu d'un macérat que je préfère éviter les macérats dans les crèmes visage, pour des questions d'hygiène. Aussi, j'ai remplacé l'hv de pépin de raisin utilisée en support de mon macérat par de l'huile de sésame, de meilleure qualité (extra vierge).
- l'ajout de gomme xhantane. En petite quantité, 0.2% (plus il y a d'émulsifiants, meilleure est la stabilité, surtout avec l'urée).
Les points importants à respecter
- une formule de base composée de 30% de gras maximum
- réaliser l'émulsion au mixeur plongeant
- le steareth 21 est un émulsifiant chimique très stable, avec un HLB élevé, et qui a la particularité de ne pas épaissir du tout la préparation. On pourrait peut-être le remplacer par du polysorbate?
- autant d'alcool cétéaryllique que de steareth, il donnera du gonflant et du "brillant" à l'émulsion
- environ moitié moins d'acide stéarique que d'alcool cétyllique, en l'occurrence 2%. Ne pas introduire de beurres végétaux qui modifieraient trop la texture. L'acide stéarique donnera du corps et du moelleux à l'émulsion.
- plein d'inca inchi, ou des huiles sensation sèche à forte teneur en acide gras essentiels, particulièrement émollientes et réparatrices.
- un peu d'huile d'olive, protectrice, qui participe à la qualité de la texture. 2,5%
- le mélange d'huiles essentielles composé de bois de rose, géranium bourbon et ciste, donne une odeur féminine mais racée, avec des propriétés réparatrices et doucement anti-bactériennes. Moins d'1%
La formule de Victoria's back
pour l'occasion j'ai ressorti les pots de l'époque
Phase aqueuse
0.2 de gomme xhantane
2 glycérine végétale
5 urée (moune)
12 hydrolat d'hélycrise (michèle)
56 eau minérale
Phase grasse
3.75 steareth 21
3.75 alcool cétyllique
2 acide stéarique
9 huile végétale extra vierge d'inca inchi
9 huile végétale extra vierge de sésame
2.5 huile d'olive extra vierge (michèle)
Quelques gouttes d'anti-oxydant cosmétique
Les ajouts:
Phase finale pour 100g
5 gouttes de ciste
9 gouttes de bois de rose
9 gouttes de de géranium bourbon
9 gouttes de mélange anti-inflammatoire d'extraits CO2 (calendula, rose musquée, argousier)
2 grammes de fécule de riz modifiée (moune)
1 gramme de complexe skin tight (tenseur et hydratant)
1 gramme de géogard 221
quelques gouttes d'acide lactique pour un PH à 5.5
Les moins
- un film blanc à l'application, il faut masser un peu ou appliquer une petite quantité de produit
- malgré mes modifications je n'ai pas réussi à régler mon problème d'hydratation. Il y a un mieux depuis que je mélange glycérine, urée et skin tight mais finalement ni victoire ni une autre crème ne m'hydrate parfaitement
Les plus
- définitivement cette texture m'enchante, fine, gonflée, brillante, on dirait de la crème battue et une couleur qui reste blanc pâle malgré des extraits CO2 fortement colorants
- c'est brillant dans le pot mais pas sur la peau
- une crème protectrice et réparatrice, qui laisse une impression de confort mais suffisamment légère, antibactérienne et anti-inflammatoire pour bloquer l'apparition de boutons disgracieux lors des dérèglements hormonaux.
Impression générale
Cette crème reste une victoire pour moi après 2 ans et demi de tambouilles acharnées, ma technique n'a donc pas évolué tant que ça. J'aime son confort et son odeur; je raffole de la texture, en fait je crois bien n'avoir jamais obtenu de texture qui me plaise autant avec d'autres systèmes émulsifiants, c'est la brillance, le crémeux et le blanc qui font ça, ce ne sont pas des critères majeurs en terme d'efficacité mais ça correspond à l'idée que je me fais d'une belle crème.
23 mars 2009
le savon plein soleil
Du soleil, du soleil, plein de soleil. Ici l´été tarde á s´en aller et c´est tant mieux. Dans le monde francophone, il pointera bientot le bout de son nez. Alors j´ai eu envie d´un savon ensoleillé et très concentré en vitamine A. Le but avoué est de prolonger le bronzage (dans mon cas) ou préparer la peau au bronzage (pour mes amies bloggeuses).
Voulant un savon orange très concentré en bétacarotène (précurseur de la vit. A) j´ai immédiatement pensé aux graines d´achiote (ou urucum, ou roucou, suivant les pays) et j´ai mis en route un macérat très corsé dans un peu d´huile de jojoba. Mais l´achiote a une facheuse tendance á faire de beaux savons très colorés au début, puis la couleur s´affadit dangereusement avec le temps. Michèle indique que le jus de carotte donne une couleur stable dans le temps, mais... il n´y avait plus de jus de carottes au magasin (en géneral ils ont au rayon frais un agréable mélange orange-carotte) et c´est lá que tout á coup j´ai pensé aux extraordinaires fruits exotiques qui m´entouraient. Lequel serait plein de bétacarotène? J´ai opté pour une belle pulpe de mangue orangée, congelée, pour diluer ma soude. Ne sachant pas si la mangue donnerait une couleur stable j´ai préféré assurer le coup avec un peu d´ocre jaune du roussillon. On ne sait jamais...

les huiles fondues melées au macérat corsé d´achiote
Selon les conseils de Michèle et pour limiter l´oxydation qui me joue bien des tour en ce bord de mer humide et chaud, j´ai calculé la soude pour un surgras á 6 % sans aucun ajout gras á la trace. Mais ça reste surgraissé et ça devrait tout de meme etre bien doux grace au choix des huiles et á un bon temps de cure.
Voici la recette pour 530g d´huile:
150g de Coco (28.3%)
150g de Palme (28.3%)
150g d´Olive (28.3%)
50g de Karité - merci Moune - (9.5%)
30g de macérat corsé d´achiote dans du jojoba (5.5%)
soude diluée dans de la pulpe de mangue
10 gouttes d´Aox-Cos
Á la trace
une petite cuilllère á café d´ocre jaune
2 grammes d´un mélange olfactif "plein soleil"
Mélange olfactif "plein soleil" :
125 gttes d´HE d´orange
25 gttes d´HE d´orange sanguine
25 gttes d´HE de petit grain bigarade (merci Venezia)
25 gttes d´HE d´écorce de canelle
5 gttes d´HE de clou de girofle
Je ne sais pas si ce savon augmentera vraiment le taux de mélanine, s´il prolongera ou activera le bronzage, s´il laissera un voile coloré "bonne mine" sur la peau, mais rien que sa belle couleur invite le soleil sous la douche. En ce qui concerne l´odeur, l´orange est réputé ne pas tenir dans les savons mais j´en ai mis beaucoup et je l´ai renforcé par le petit grain et les épices qui eux, ont la réputation de tenir merveilleusement bien. Alors, je croise les doigts!
12 mars 2009
Plaidoyer pour l´acide stéarique
Voici un ingrédient qui a bien mauvaise réputation. Poisseux, laissant des trainées blanches, induisant une mauvaise pénétration, laissant une sensation grasse... Il n´aurait donc pas grand chose pour lui et il faudrait le bannir au profit de produits plus performants.
Hmm Sherlock Holmes a enquêté et propose de redorer le blason de cet ingrédient mal aimé. En fait, l´acide stéarique, "il s´était caché mais il était présent dans toutes nos préparations" (ou presque). Oui, même celles qui font notre bonheur parce qu´elles sont légères et qu´elles pénètrent si bien.
Il est caché où ?
- Les émulsifiants: cire émulsifiante n 1 et 2 d´Aroma-zone, émulsifiant MF, émulsifiant VE, CG 90 (copaiba), émulsifiant végétal (bilby), olivem, polawax, etc etc etc la liste est longue
- Les stabilisants: alcool cétéarylique ou alcool stéarylique. (bon il est présent sous forme d´alcool stéarique mais c´est histoire de chipoter, parce qu´en gros c´est pareil)
A retenir: dès qu´on voit cétéaryl ou stéaryl il y a de l´acide stéarique.
- Les beurres végétaux: Le beurre de karité en contient environ 45%, le beurre de cacao 35%, le beurre de kokum 38%, la liste est longue. Même les huiles végétales dites fluides et pénétrantes en contiennent. Par exemple l´HV de melon 3% et l´HV de sésame 6%
Quel est le secret de l´acide stéarique ?
Il faut trouver la bonne proportion : en général 1.5% d´acide stéarique avec 3% d´alcool cétyllique donnent une crème bien fluide idéale en flacon-pompe.
Et il faut compter l´acide stéarique "caché" car si on met un émulsifiant genre polawax + un stabilisant genre alcool cétéaryllique + un beurre + de l´acide stéarique on risque fort de se retrouver avec un truc dur, gras, poisseux et faisant un film blanc.
Quelques idées pour se réconcilier avec l´acide stéarique?
Vous pouvez essayer cette recette nuage d´amazonie qui est vraiment pénétrante, découvrir les superbes baumes a l´acide stéarique et la crème pour les pieds sensation-extra-sèche de venezia.
06 janvier 2009
Hier et aujourd'hui: les plantes médicinales
-------------------------------------------------------------------
Edit: Hier, lundi 13 janvier 2009, l'auteur du livre que je vous présente dans cet article, est décédé à Lima à l'âge de 89 ans. Je ne racontais pas toute sa biographie ici, mais en résumé cette nouvelle m'attriste car c'est une grande perte pour la médecine conventionnelle au Pérou ainsi que pour la mise en valeur, la connaissance et la diffusion des plantes médicinales péruviennes.
-------------------------------------------------------------------
" L'amour illicite d'un neurochirurgien avec la botanique et la pharmacologie, dans un pays de mages, de sorciers, d'enchanteurs, de guérisseurs, de chamanes, et de savants de cocktail. Un amour illicite caché dans un pays écartelé par la traction torturante de quatre forces gravement déficientes: la science, la tradition, la politique, et l'ignorance. Les quatre chevaux sauvages qui ont écartelé Tupak Amaru*. "
* Tupak Amaru est un symbole de la révolte indigène, il fut condamné à mort par écartèlement et ses membres décapités furent envoyés aux quatre coins du Pérou pour servir la propagande espagnole et mater toute envie de rébellion.
J'ai été gatée pour Noël, j'ai reçu un livre très intéressant intitulé Ayer y Hoy: las plantas medicinales (Hier et aujourd'hui, les plantes médicinales). Ecrit dans une optique clairement vulgarisatrice, le style est particulièrement humoristique, souvent ironique, et tellement vulgarisateur que c'en est parfois agaçant. Mais c'est une vraie mine d'infos sérieuses.
L'auteur, Fernando Cabieses, est un neurochirurgien de pointe, professeur d'université au Pérou et aux USA, fondateur d'une école de neurochirurgie reconnue comme pionnière dans sa spécialité en Amérique Latine etc. Il a présenté une thèse universitaire sur un thème de grande importance pour le Pérou et les traditions andines, pulvérisant l'amalgame coca-cocaïne qui sévissait alors, puisque sa thèse a prouvé que la consommation de coca sous forme traditionnelle n'induit aucune narcodépendance, qu'elle n'est pas dommageable pour la santé, et qu'elle favorise le travail à haute altitude.
A partir de 1953 il se concentre sur l'étude de l'histoire de la médecine au Pérou, publiant des ouvrages sur les maladies et les plantes utilisées au Pérou avant l'arrivée des espagnols, étudiant la relation des plantes médicinales péruviennes avec le religieux, prouvant et étudiant la chirurgie des trépanations craniennes pratiquée par les incas, etc. Il a fondé l'Institut de Médecine Traditionnelle qui facilite l'articulation entre la médecine officielle et la médecine traditionnelle, améliore les soins dans les zones rurales les plus reculées, promeut l'identification et l'étude des plantes médicinales industrialisables et exportables. Grand militant contre la déshumanisation et l'excessive tecnicité de la médecine, il a aussi fondé un programme de pratiques hospitalières supervisées au travers d'une coopération avec l'enseignement universitaire de la nouvelle médecine.
Mais revenons-en à nos moutons notre livre sur les plantes médicinales d'hier et d'aujourd'hui au Pérou. Après un petit prologue, s'ouvre une partie théorique sur la législation des plantes médicinales, qui met en lumière le peu d'intéret que porte le gouvernement péruvien à la biodiversité extraordinaire de ce pays. Cet intéret déficient est comparé aux autres pays ou continents et mis en valeur par les nombreuses (et vaines) sollicitations extérieures. Cette partie explique aussi le phénomène de la biopiraterie.
Vient ensuite une autre partie théorique, éponyme, qui dresse un rapide tableau de l'histoire de la médecine, débutant en Mésopotamie, passant par l'Antiquité greco-romaine, puis la médecine monastique, la médecine chinoise et indienne, pour arriver à la légende inca de la création de la faune et de la flore. Elle termine sa route avec le grand chambardement de la colonisation, pour finir sur une note d'échange botanique entre l'Espagne (et plus généralement l'Europe) et le Pérou, botaniques et médecines s'enrichissant grandement l'une et l'autre.
Nous arrivons alors au coeur du sujet: l'étude des remèdes maison pour les maux les plus courants. Le livre est divisé en 7 zones d'affections : l'appareil digestif, l'appareil cardiovasculaire, l'appareil respiratoire, l'appareil urogénital, les maladies émotionnelles, la peau, les rhuma. Chaque partie est divisée en sous-partie présentant les divers maladies associées. Il s'agit là de donner au plus grand nombre une alternative à la médecine conventionnelle. J'apprécie particulièrement la variété des remèdes proposés pour une même affection, ainsi que les mises en gardes, allant parfois à l'encontre de la croyance populaire péruvienne qui, comme souligné dans l'ouvrage, est parfois très ignorante. Cette partie traite des plantes que l'on trouve au Pérou, elle mélange les plantes endémiques avec des plantes venues d'Europe ou d'ailleurs, l'important étant qu'elles poussent ou sont facilement trouvables au Pérou.
La dernière partie concerne la validation scientifique des plantes médicinales, en étudiant de plus près deux plantes endémiques : la quinine (cinchona sp) et la griffe de chat (uncaria tomentosa). L'histoire de la quinine passe par son usage contre le paludisme et la malaria, raconte ses rejets, la révolution médicale engendrée par la reconnaissance scientifique de cette plante, et raconte enfin comment cette plante a pratiquement disparu du sol péruvien sans que personne se préoccupe de la replanter. La griffe de chat est présentée comme une plante prometteuse pour le soin du cancer (du poumon notamment) tout en expliquant bien les limites de ces promesses et la somme de recherches scientifiques qu'il reste à effectuer avant de pouvoir en tirer des conclusions définitives. Néanmoins, l'action hautement anti-inflammatoire de la griffe de chat est tout à fait établie.
Pardon pour l'austérité de cet article. J'essaierai de traduire un passage du livre pour vous donner une idée plus précise de ce qu'on y trouve.
Crédit images: tupak amaru , fernando cabieses ,









