Le défi baumes en barre lancé par Chabou sur Potions et Chaudrons a coïncidé avec la fête nationale du Pérou. Un jour, je suis tombée nez à nez avec des moules à chocolat en forme de tumis, d'inca, de céramiques anciennes, des lignes de nazca etc; j'en ai pris quelques uns en me disant que je trouverais bien quelque chose à faire avec de si jolis moules. Et ça me trottait dans la tête sans q je trouve l'idée à réaliser. Parallèlement, les posts affluaient sur Potions et Chaudrons, et même les Céphées se mettaient de la partie, je lisais tout ça, enthousiaste et émerveillée, avec un petit regret de ne pas avoir pu participer.

Chemin faisant, un beau jour j'ai eu l'idée d'allier la fête nationale péruvienne avec le défi en barre de Chabou, j'ai décidé de faire un baume en barre "précolombien", j'inclurai seulement des ingrédients auxquels les civilisations préhispaniques avaient accès en territoire péruvien. Je me ferai un défi sur-mesure et j'établirai la liste des ingrédients en puisant dans la cohérence historique. Les moules aux formes du Pérou ancien feraient office d'écrin.

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On atteste peu de recettes traditionnelles relatives à la beauté chez les péruviens, les anciens privilégiaient l'aspect magique ou religieux, ornemental et médicinal. J'ai donc laissé là ma chère cosmétique pour me tourner vers ma tout aussi chère médecine traditionnelle. En plus des plantes endémiques, je souhaitais utiliser les techniques dont disposaient les anciens avant Christophe Colomb. Ce serait donc un soin sans HE, les actifs seraient fournis par macération huileuse. L'idée d'un soin anti-douleurs s'est imposée après avoir brièvement répertorié quelques plantes médicinales péruviennes aux propriétés liposolubles.

Sur un plan purement olfactif, je craignais une odeur finale peu heureuse. J'ai donc volontiers "chargé" en palo santo et renforcé avec un peu de vanille. Cette dernière n'a aucune utilité pour lutter contre les douleurs articulaires, mais elle sent divinement bon en macérat huileux et elle existait dans le Pérou ancien

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J'ai commencé par faire une huile macérée ultra concentrée en principes actifs. J'ai d'abord blindé mon inca inchi en anti-oxydant puis je l'ai mise au bain-marie une demie-heure avec palo santo et vanille. J'ai filtré grossièrement et je l'ai remise une demie-heure avec une dizaine de baies roses, aji panca et aji marisol (ce dernier, moyennement fort, n'a macéré que 15mn. Le piment est en effet très antalgique mais il pourrait être agressif pour la peau). Refiltrage et re demi-heure de macération avec feuilles de ch'ri ch'ri et de coca. Et enfin encore un ptit coup de macération à chaud avec quelques batons de bois de palo santo.

J'ai filtré soigneusement, mon inca inchi si longtemps chauffée n'a pas souffert car elle était protégée par une bonne quantité d'aox-cos et elle n'est pas si fragile contrairement aux bruits qui courent. Je l'ai allongée avec 10% d'oléorésine de copaiba, j'en ai offert un peu à un collègue qui souffre au niveau des chevilles et il l'a trouvée efficace. Super, la préparation médicinale dans les règles de l'art du Pérou ancien était prête !

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La griffe de chat (uncaria tomentosa), non utilisable en extrait huileux, est la grande absente de ce soin anti-douleurs. Je me permets pourtant de vous la recommander chaudement, elle offre une efficacité exceptionnelle. Son action est renforcée lorsqu'elle est cuite, il suffit de la prendre en décoction ou d'en faire un extrait alcoolique réduit au bain-marie. Vous pourrez retrouver tous les végétaux utilisés pour ces barres précolombiennes anti-douleurs ici.

Sur le plan olfactif madame Coca était très présente, Madame Copaiba aussi. Avec le temps, les odeurs se sont mélangées, le palo santo et la vanille sont ressortis, rafraichis et épicés par leurs compagnons.

Pour élaborer la barre j'ai travaillé la texture, le glissé, la pénétration et la couleur à l'aide de produits péruviens. Deux petites entorses, j'ai remplacé la fécule de maranthe (que je n'ai pas) par de la fécule de riz et j'ai utilisé un ocre rouge du roussillon pour colorer mais il y a bien entendu au Pérou des terres rouges que les anciens utilisaient pour colorer leurs poteries. J'aurais aussi pû utiliser l'achiote (rocou, urucum) ou l'aguaje (buriti) mais ils ont l'inconvénient de colorer la peau. Trêve de bavardage, je vous livre la formule finale:

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60% huile d'inca inchi macérée ultra-concentré aux plantes péruviennes anti-douleur
15% cire d'abeille
10% oléorésine de copahu
6% fécule de maranthe (riz)
5% cire de carnauba
4% huile d'avocat
Ocre rouge

Chauffer, mélanger, couler en moules, laisser sécher, emballer, et... envoyer en France pour les copines qui ont malheureusement reçu un baume en bouillie au lieu d'une jolie barre grace à la délicatesse d'hippopotame des transports aériens ;(

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